Brazuca ou Tango ?

C’est sans doute une question de génération. J’aime bien le Brazuca de mes fils. Mais il y quelque 36 ans, j’adorais le Tango -qui inspire d’ailleurs encore pas mal de fabriquants et de championnats. Coupe du Monde, télévision, décalage horaire, ballon… je vous propose de relire le chapitre 4 de Y’a péno ! , version courte :

Premier Tango à Paris (juin 1978)

La France est qualifiée. Une première depuis que je suis né.

Au mois de juin, à l’école, le rythme est plus tranquille. On sait déjà si on passe. Il arrive que l’on sorte plus tôt. Je me retrouve alors seul à la maison. Certains après-midi, je regarde quelques matchs à la télé. Je prends soin de fermer les volets pour que le soleil qui inonde le salon me laisse deviner les actions. Notre poste Téléavia, trônant sur son pied blanc, n’est pas passé à la couleur. Décalage horaire, ambiance de ces stades qui hurlent, hymnes estropiés qui ressemblent parfois à la fanfare des pompiers bénévoles de mon village de Haute-Loire, noms exotiques de joueurs… mon premier contact conscient et intéressé avec une coupe du Monde est réussi.

Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est leur ballon, à ces joueurs. Il est classe ! On ne voit presque plus les hexagones cousus entre eux car des espèces de triangles noirs imprimés donnent le sentiment qu’il est en fait composé de cercles… C’est tellement moderne. On doit forcément mieux jouer avec une balle comme ça. Pour fêter l’Argentine, les responsables l’ont baptisée Tango. Subtil. A ce jour, je n’ai eu que des balles en plastique, moi, aucun cuir.

Ce soir, j’ai droit à un cadeau, couronnement d’une 6e domptée de main de maître, qui s’achève dans moins de quinze jours. Ma mère dépose un sac de plastique blanc sur la table de la salle-à-manger. Il n’est pas assez épais pour cacher la sphère qu’il renferme. Je l’en débarrasse et saisis “ mon Tango ” à pleines mains. Il est magnifique, sublime, phénoménal. Il sent si bon. Pas une éraflure sur sa peau vernie. Et quelle mine ! Maman l’a choisi orange ; un orange presque fluo.

Notre amitié est immédiate. Un authentique coup de foudre. Je le pose sur mon lit, le caresse, le cajole. Je voudrais prévenir la Terre entière que moi aussi, je suis un peu en Argentine, ce soir. Je voudrais désormais shooter dedans, tirer des coups francs magistraux, des penalties historiques, je voudrais que Didier Six me le transmette pour que j’aille marquer, de la tête, du pied gauche, du pied droit, de l’entrée de la surface, des six mètres… Je voudrais faire danser ce Tango sur une pelouse immaculée. Qu’il tournoie sur lui-même, ralentisse sa course, l’accélère. Lumière éteinte, Tango calé sous mon bras et sous les draps, je m’écroule avec mon obsession.

Depuis la semaine dernière, on a décidé avec quelques copains, de clore le dernier jour de classe par un match de foot. D’un geste précis, je libère mon Tango du sac de sport où je l’avais logé. Des sifflets admiratifs fusent. J’ai su garder la surprise. Des mains en pagaille se précipitent pour le tâter, le caresser, le flatter. Des baskets blanches, noires et marrons le frappent. Je suis fier pour lui. Je suis fier de lui. Et grâce au terrain synthétique, il a évité les crampons. Il ne sera pas défiguré en rentrant à la maison, ce soir.

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